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O illustration de Guido Crepax
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On s’est longtemps demandé qui se cachait derrière le pseudonyme de Pauline Réage. Les noms de Jean Paulhan, André Pieyre de Mandiargues, Henry de Montherlant, André Malraux ont été avancés. Il fallut attendre 1994 pour que Dominique Aury en reconnaisse être l'auteur dans un entretien accordé au journal américain "The New Yorker". Elle confessa avoir écrit "Histoire d’O" comme une "lettre d’amour" à Paulhan, qu’elle chérissait et redoutait de perdre. "Je n’étais pas jeune, dit-elle. Je n’étais pas jolie. Il me fallait trouver d’autres armes. Le physique n’était pas tout. Les armes étaient aussi dans l’esprit." Paulhan lui avait dit : "Je suis sûr que tu ne peux pas faire ce genre de livre." Elle répondit : "Eh bien, je vais essayer."
Dominique Aury expliquait que le pseudonyme de Pauline Réage venait en même temps de Pauline Borghese et de Pauline Roland, avocate des droits de la femme dans la France du XIXe siècle, et Réage, nom du hameau de Seine-et-Marne où elle s’était réfugiée avec ses parents pendant la guerre. Quant à l’héroïne, à l’origine, elle se prénommait Odile, une amie. "Après quelques pages, disait Dominique Aury, j’ai pensé que je ne pouvais imposer toutes ces choses à cette pauvre Odile et je n’ai gardé que les initiales."
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Dominique Aury
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Roman sur la soumission d’une femme, jusque dans ses plus cruelles conséquences, écrit selon les canons du style le plus classique mis au service d’un précis de composition sado-masochiste, Histoire d'O est publiéen 1954 par Jean-Jacques Pauvert, trois mois après "Bonjour tristesse" de Sagan après les refus de nombreux éditeurs (dont Gallimard sur les conseils de Jean Dutourd). François Mauriac trouve le livre à vomir, Pierre de Boisdeffre parle de "musée des horreurs" et même d’"univers concentrationnaire". Georges Bataille et Graham Greene se montrent au contraire admiratifs. En un an, il ne s’en vend que 2000 exemplaires, il est interdit à l’affichage, à la vente aux mineurs et à la publicité. Le livre reçoit le prix des Deux-Magots en 1955, "Histoire d’O" cesse d’être une curiosité et commence sa longue vie de best-seller scandaleux (850000 exemplaires vendus). Des poursuites judiciaires sont lancées pour connaître l'auteur, on envisage un temps l'interdiction pure et simple de l'ouvrage, au final, poursuite et interdiction furent abandonnées sur intervention du Garde des sceaux de l'époque, Edouard Corniglion-Molinier.
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| O illustration de Guido Crepax |
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Dominique Aury, pendant plus de quarante ans, a assisté en silence aux déboires et aux succès de son livre. C'était femme d'allure classique, toujours habillée d'impeccables tailleurs. Première femme entrée au prestigieux comité de lecture de Gallimard, elle s'était fait connaître par des articles sur la littérature classique, des essais sur les auteurs anglais, de Shakespeare à Jane Austen, et avait publié sous ce pseudonyme qui avait fini par faire oublier son vrai nom d'Anne Desclos, une Anthologie de la poésie religieuse française.
La vie de Dominique Aury n'est pourtant pas si rangée. Elle a des amants, de préférence des écrivains, parmi lesquels Thierry Maulnier. Elle ne déteste pas non plus les femmes; elle a une longue liaison avec Edith Thomas, militante communiste, auteur de plusieurs biographies, Pauline Roland ou Flora Tristan, ou Janine Aeply, la femme du peintre Jean Fautrier.
Dominique Aury est morte à l’âge de quatre-vingt-dix ans, dans la nuit du 26 au 27 avril 1998.
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"Cent dessins pour illustrer histoire d'O" - Loïc Dubigeon - Editions Brderie
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L'adaptation cinématographique du livre par Just Jaeckin et la une de «l’Express» consacrée, le 1er septembre 1975, à "Histoire d’O" font renaître le scandale. Comme l'écrit Jérôme Garcin : "Aux cris de : "Pas d’argent sur notre corps!", des militantes du MLF prennent d’assaut l’hebdomadaire de JJSS sur les murs duquel elles tracent au rouge à lèvres des inscriptions vengeresses. Elles sont soutenues par Mgr Marty, archevêque de Paris, qui condamne "le spectacle de la personne humaine dégradée" ; par Michel Droit, qui signe aussitôt un pamphlet intitulé «La coupe est pleine»; et par François Chalais qui, dans une "Lettre ouverte aux pornographes", écrit d’"Histoire d’O" que c’est "la Gestapo dans le boudoir". Les deux Georges, Marchais et Séguy, s’y mettent à leur tour pour vitupérer le capitalisme corrupteur et pourrissant. A la Chambre, on interpelle le gouvernement pour réclamer des sanctions. Devant cette étrange ligue bien-pensante qui compte des pétroleuses, des prélats, des syndicalistes, des gaullistes et des communistes, les législateurs décident de classer X les films à caractère porno et créent pour eux la taxe exceptionnelle de 33%."
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